En 2020, le festival des Rencontres Transmusicales, à Rennes, avait dû annuler son édition à la dernière minute, COVID oblige, faisant jouer une quinzaine de groupes en livestream, dont Makoto San, Gwendoline, Ladaniva ou encore Quinzequinze. Au début de Décembre 2021, le vaisseau amiral des découvertes musicales a tenu bon, envers et contre toute nouvelle vague. Festival ô combien dans nos coeurs (avec Eurosonic, le MaMA ou autres Reeperbahn) puisqu’il est une source d’inspiration continue pour nourrir l’ADN de Listen Up, qui vise à mettre en lumière des groupes encore sous les radars.

Malgré plusieurs annulations de dernière minute, cette édition a encore une fois tenu ses promesses. Bien complétées par un festival des Bars en Trans’ plus remuant à chaque année, le marathon des Transmusicales 2021 a encore délivré son lot de groove, de musiques sincères qui prennent aux tripes, et de moments inattendus. Comme d’habitude, ce seront aussi les anecdotes improbables qui resteront. Comme cette « GALETTE SAUCISSE JE T’AIME » braillée à pleins poumons pour faire taire une Marseillaise aux relents Macronistes dans la navette menant au festival, ces brèves de comptoir à 4h du matin avec un mec déguisé en alien à deux têtes ou encore ce live impromptu de Cactus & Mammouth amenant tout la so called « rue de la soif » à reprendre « PLUS DE CARAMEL DANS LES FLANBYS », en choeur.

Par dessus tout, ce sont les shows lumière qui auront marqué cette édition, nous faisant frôler des orgasmes visuels plusieurs fois par live. Chapeau bas à la régie lumière, qui aura augmenté comme rarement la saveur émotionnelle des concerts. Particulièrement de ceux qu’on vous partage dans ce report.

Transmusicales

ANDREA LASZLO DI SIMONE

Le festival commençait tout juste mercredi que le nom d’Andrea Laszlo De Simone était sur toutes les bouches. Tout d’abord, parce que ses deux concerts au Théâtre National de Bretagne (TNB) étaient très attendus mais également que plusieurs médias ayant interviewés l’artiste avait annoncé une information surprenante : les concerts de l’artiste aux Transmusicales seraient probablement ses derniers. Annonce quelque peu surprenante pour un artiste de 35 ans qui a gagné grandement en notoriété et en popularité lors de la sortie de son dernier disque, Immensità, en 2020. Toutefois, la raison de cette décision est compréhensible quand vous échangez avec lui (notre interview d’Andrea Laszlo De Simone sortira tout prochainement).

L’artiste pour qui, la famille, ses enfants et la musique dans son studio chez lui sont essentiels, n’a pas l’envie, contrairement à beaucoup, d’aller au quatre coins du monde pour promouvoir sa musique en concert. Choix on ne peut plus respectable, surtout quant on sait l’importance du live dans les revenus des artistes.Cette rumeur a en tout cas permis de renforcer encore davantage l’intérêt du public pour le concert d’Andrea Laszlo De Simone, Italien au Français presque parfait.

Attendu comme le Messi donc, le jeudi soir, dans un TNB plein à craquer, Andrea arrive sur scène accompagné de pas moins 11 musiciens avec lui. C’est dans ce genre de moment que le choix d’appeler sa musique comme de la pop orchestrale prend tout son sens.

Tel un chef d’orchestre, l’italien donne le LA tout au long du concert aux musiciens. Si, avec autant de personnes sur scène, nous aurions pu nous imaginer une représentation de ses morceaux au plus proche de la version studio des disques d’Andrea Laszlo De Simone, il n’en est rien. Ce concert d’une heure trente aura proposé une version augmentée de l’oeuvre de l’artiste avec des transitions orchestrales puissantes entre les morceaux qui embarquent toujours un peu plus le public fin connaisseur de sa musique.

L’ensemble des musiciens sont utilisés au mieux pour rendre l’expérience mémorable. De la flute traversière au violon et violoncelle en passant du clairon à la guitare ou la basse, si Andrea semble aimer les transitions crescendo, il nous offre également des moments plus planants avec une envolée aériennes de cordes. Quelques temps plus tard, nous aurons droit à une véritable cavalcade des cuivres et de guitares.

Si Andrea Laszlo Di Simone avait commencé avec 2 morceaux d’Immensità, il nous emmène rapidement dans son premier album Uomo Donna de 2017. Sur le morceau du même nom, il se lance même sur un solo fou et incandescent de guitare. Le temps passe vite, déjà 1h25 de concert, et nous voilà bientôt sur la fin du concert.

Lui, qui, lors de l’interview, avait répondu concernant l’atmosphère nostalgique de sa musique sur sa nostalgie du présent, fait sens en fin de concert. Ce papa de deux enfants qui a réalisé ses deux disques après la naissance de son fils, puis de sa fille, nous parle de tous ses beaux moments de vie qu’il partage au quotidien avec eux. Il conclue son concert par ‘Dal giorno in cui sei nato tu’, en nous racontant que ce morceau est dédié à sa fille et que le clip avait été fait à partir de vidéos réalisées par son fils. En ces temps d’incertitudes, conclure cette bulle de légèreté sur l’amour envers ses amis, sa famille, et son prochain fait du bien et nous met du baume au coeur pour le reste du festival.

.

 

HEY DJAN

Hey Djan

Notre friandise des Trans c’était résolument les Hey Djan. Arrivés à la bourre à l’étage, on se faufile dans le public arrivé en nombre pour voir le premier concert des franco-arméniens. Un public majoritairement composé de pros semblait-il. Il faut dire que le nouveau projet d’Adrien Soleiman composé de musiciens français et d’un duo de chanteurs arméniens était attendu au tournant.

Le show était d’une qualité bluffante pour un premier concert, encore plus lorsque l’on sait que c’est le tout premier concert de la chanteuse, Anaïs. Adrian Edeline du groupe Serpent nous a envoutés avec ses guitares orientales. La combinaison pop et musique traditionnelle marchait fantastiquement bien, si bien que le public scandait pour un rappel, chose pourtant très rare aux Transmusicales, timing oblige. On a hâte de voir ce collectif arpenter les routes de France cet été pour nous faire remuer nos corps sur des musiques traditionnelles arméniennes, ça va en faire kiffer plus d’un.

 

HELLO FOREVER

Après une interview très fun où l’on a parlé de galettes saucisses, des Beatles et des capitales d’Europe, on est allés voir les californiens d’Hello Forever dans le grand parc des expos. Tout habillés de couleurs, avec des panoplies tout droit sorties d’un culte hippie vénérant Charles Manson, on se serait cru dans une autre époque. Pas d’ordis, pas de synthés modernes, du rétro en veux tu, en voilà. Leur performance nous a fait sourire, par la bienveillance de leur musique mais aussi par tous les papis qui dansaient à n’en plus s’arrêter qui pensaient cette musique passée de mode.

C’est vrai qu’à certains moments on a senti quelques coups de mou dans le set. A force de chanter les bonnes vibes à tout va et de plaquer que des accords majeurs, les musiques finissent par se ressembler un peu. Mais la troupe de Samuel Joseph était resplendissante et réellement contente de jouer devant le public des Trans. Tout le monde prenait son rôle très à cœur, en particulier les choristes, tous à fond chantant des harmonies dignes des meilleurs disques de Beach Boys. Un réel trip sous sérotonine.

 

GUADAL TEJAZ

Attention, si le nom pourrait vous faire croire à un groupe d’Amérique latine, il n’en est rien. Originaire de Bretagne, ils ont toutefois une passion pour la culture améro-indienne. Avec un album en 2019, « Cóatlipoca« , chez Crème Brulée Record, qui sent bon les pogos, ils sont revenus en cette fin d’année avec le titre on ne peut plus explicite, ‘Krautoxic’.

Avec un nouvel album à paraitre en 2022, leur concert aux Transmusicales était l’occasion pour les rennais de présenter de nouveaux morceaux. Si le nouvel album sent bon le Krautrock, l’énergie, les riffs et le côté sombre et tranchant du projet reste bel et bien présent. La première chose qui nous a marqué lors du début du concert, c’est le charisme du chanteur qui vit à 100% la musique qu’il chante et  qu’il joue à la guitare. Il nous ferait presque penser à Joe Talbot, chanteur d’Idles, tant il est possédé lors du concert.

A la croisée des chemins, leur musique mélange punk, rock, post punk, noise. Guadal Tejaz réchauffe sans effort l’ambiance du Hall 3 avec leur énergie débordante. Leur messe chamanique de quarante cinq minutes aura été l’un des moments les plus rock de cette édition et ça fait du bien. Si certaines annulations de dernières minutes pour des raisons sanitaires ou personnels, ont touché notamment les très attendus Wet Leg et Amyl and The Sniffers, le punk aura eu des dignes ambassadeurs avec Guadal Tejaz!

Le groupe confirme l’avenir radieux à la toujours prolifique scène bretonne et permet un parfait contre exemple à tous les grincheux qui disent que le rock est mort en France.

 

LALALAR

En bons branleurs, on met chaque année un point d’honneur à faire nos interviews à l’arrache pendant les Transmusicales. Pour une fois, on avait tout bien préparé pour recevoir Lalalar de pied ferme, bière à la main, caméra au poing. Làs, après une heure d’attente, on a décrété qu’ils nous avaient bien pris pour des têtes de turcs, et on s’est donc rabattus comme des morts de faim sur les deux chanteurs de Gwendoline. Après avoir bien essorés cette graine de gothiques incompris, un confrère d’un média trop indépendant et trop underground lui aussi éconduit par Lalalar, nous apprît que l’un des mecs aurait fait une indigestion la veille. Les boules. Cela voudrait-il dire qu’on raterait un des groupes qu’on attendait le plus dans cette édition, après que le covid nous ait privés des punks d’Amyl and the Sniffers qui devait jouer juste avant eux ??

On a vécu jusqu’à 3h30 du matin avec cette interrogation dans le ventre (entre 2 galettes saucisses moutarde et 8 pintes d’Heineken coupées à l’eau, s’entend.) Arrivée devant la scène, plongée dans la pénombre. Zut, ils ne viendront pas. Et puis un riff de Saz, mystérieux. Une nappe synthétique saturée qui monte, et puis la basse, grasse, sans faux col. Une voix, sombre,  puissante. De l’obscurité saute Ali Güçlü Şimşek, chanteur du groupe. Mèche ténébreuse en bandoulière, nihilisme en étendard, il fait salement monter pendant de longues minutes l’électricité ambiante, avant de bondir comme un félin désarticulé quand la New Wave rétrofuturiste portée par le groupe explose enfin.

Si beaucoup s’attendaient à un moment proche des concerts d’Altin Gün, ils auront été bien calmés par la puissance de fuzz de Lalalar, naviguant entre electro hyper rapide, post punk, indus, et chants envoûtants. Certes le rock psychédélique anatolien est bien là, mais il s’ancre sous l’esthétique du groupe dans une modernité avant gardiste qui laisse nos repères musicaux au tapis. Nos rotules aussi, après cet essorage complet.  Un arrêt nocturne aux stands s’impose avant d’attaquer the last but not least jour des Transmusicales.

 

IQOKWE

Après Teke Teke et la grosse sauce envoyée par DJ Pone, on était bien prêts à aborder un tunnel de « groupes chelous » du festival. Il y en a tous les ans, et les Transmusicales 2021 ne dérogent pas à la règle. Si on peut ranger le rock étincelant et bariolé de Tankus the Henge dans la catégorie, ce sont les trois indonésiennes en full hijab en cuir noir de Voice of Baceprot qui ont commencé à mettre la barre assez haut sur ce point.

Bien enragées contre la presse indépendante, elles décapent d’entrée de jeu : « The journalists only asked us questions about our hijabs, not our music. I’ve got the feeling we’re at a fashion show, not a festival! ». Avant d’enchaîner sur un « DO YOU KNOW WHAT WE CAN DO WITH OUR HIJAB?! », auquel a répondu un interminable tourbillon de slab furieux, de batterie démoniaque et de bonne grosse disto dé-chaînée!

« Y’a pas d’prob ! »

Passage par KAS:ST pour s’en remettre, avant de débarquer sur la planète des personnages Iko et Coqwe, alias respectifs du rappeur angolais Luaty Beirão (aka Ikonoklasta) et du DJ (Mpula) et producteur (du projet Batida) Lisboète Pedro Coquenão. Complètement siphonnées du bidon d’essence, les deux momies en survèt’ captent les ondes radios extraterrestres sur les brosses à chiottes qui leur servent de couvre chef. Et les ressortent sous la forme de sons enregistrés par l’ethnomusicologue Hugh Tracey dans l’Angola des années 1950, samplés sur des beats entre electro et musique traditionnelle angolaise, le tout surplombé d’un rap barré, politique et provocateur. Ça tape sur tout ce qui bouge, même si on ne comprend pas tout. Le néocolonialisme chinois en Angola en prend pour son grade, le public légèrement amorphe aussi. Mais bon, au final « Y’a pas d’prob » comme ils le répètent entre chaque morceau, phrase qui deviendra notre gimmick de fin de festival et d’année.

Si tu t’attends à un concert complètement fou à la Pongo (elle aussi révélée aux Transmusicales quelques années plus tôt), passe ton chemin. A chaque fois que tu crois que la sauce va prendre, que tes jambes se mettent à danser parce que ça envoie pendant 2 minutes, le rythme retombe, et le poste radio qui cherche des bouts de samples est relancé. Un peu longuet quand il est 2h et demi et que t’as deux jours de festival dans les pattes, mais efficace dans la dérangeance et le bougeage de repères, t’obligeant à être bien attentif aux variations scéniques du groupe, à leur propos, et au moindre enchaînement de beats qui pourraient te la réchauffer.

Les deux foufous emportent complètement l’adhésion du public en lâchant un « Si la vie était un festival, il s’appellerait Transmusicales ! » Oui, la flatterie gratuite pour chauvins et fiers de l’être reste un moyen efficace d’enrober d’un souvenir radieux un live qui restera comme une avalanche de mixed feelings.

 

KOMODRAG & THE MOUNODOR

Tout juste remis d’Ikoqwe, on passe sur la scène d’à côté. Autres énergumènes, autre ambiance. Tout aussi inattendue et 100% empreinte de groove. Wow, ça déchire ! Les chevelus ont mis les poils au public des Transmusicales. Démarrage en trombe pour tous les brothers et les sisters réunie.e.s devant la rutilante northern soul nourrie au garage 70’s de Komodrag & The Mounodor. Pour leur first concert ever, la fusion des Paimpolais de Moundrag et des Douarnenistes de Komodor n’a pas fait dans la dentelle de coiffe Bigouden.

« Cheveux longs, idées courtes », comme disait le proverbe; ouais, mais grosse frappe ! C’est une pluie de double batterie, d’envolées d’orgue atomique et de bons gros riffs de stoner bien sales qui frappe de plein fouet le Hall 3 ce samedi soir.

La carte blanche laissée aux groupes par le programmateur du festival a produit des tubes en cascade, dont un furieux ‘Brown Sugar’ repris en choeur par les spectateurs en transe. Rien à voir avec une reprise des Stones, mais le big band assure clairement la relève des croûlants Mick, Keith et consorts. Ça c’est du rock ! Et on a hâte de voir émerger sur internet un peu plus de ce que Komodrag & The Mounodor a sous le capot !