Rencontre avec FAIRE, le groupe fraîchement signé chez Microqlima et qui fait beaucoup parler de lui depuis début 2017!

Avec un troisième EP sorti le 3 février, « Le Tamale », le groupe FAIRE sort de la scène underground, sans pour autant l’oublier, et s’ouvre vers le grand public. Après un passage remarqué lors des auditions des Inouïs du Printemps de Bourges, ils ne souhaitent pas s’arrêter là. Et pour cause. Il faut les voir en live pour saisir leur énorme potentiel. Ce sont des chamanes qui arrivent à emporter tout le public dans leur transe, grâce à une énergie et à une rage débordantes. Ils étaient dans nos paris pour 2017, nous avons alors décidé de les rencontrer.

Pour ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez vous vous présenter en 5-6 phrases qui commencent par FAIRE ?

  • Faire de la musique
  • Faire des habits
  • Faire tout ce qui touche à notre art visuel
  • Faire des affaires
  • Faire des concerts c’est ce qu’on préfère
  • Faire ce qu’il nous plaît

Comment fonctionne votre trouple? Qui dit quoi FAIRE? Qui se laisse FAIRE? Qui fait semblant de FAIRE? Vous pouvez balancer!

(rire) On a tous un peu le même rôle dans le groupe. Chacun écrit, il n’y a pas une tête qui gouverne le projet, chacun apporte son truc et gère ses différents contacts. Du coup, tout le monde se laisse faire, en même temps qu’il fait semblant de faire, en même temps qu’il fait beaucoup !

On a une manière de travailler spontanée, on ne réfléchit pas trop à ce qu’on fait, il n’y a aucune règle, on peut composer en répet’ comme en fin de soirée.

Vous décrivez votre style musical comme étant de la Gaule wave: est-ce que vous cultivez une histoire d’amour avec la langue française? Aucun risque que vous alliez FAIRE des bébés avec l’anglais?

On cultive un amour de la langue française ça c’est certain, avec la littérature depuis très longtemps et les artistes français aussi. Simon est d’origine franco-américaine donc il est bilingue. Nous ce n’est pas le cas donc on voulait écrire avec notre langue et c’est important aujourd’hui de faire quelque chose de local. Ça fait longtemps qu’on fait de la musique ensemble et au départ on chantait et on écrivait en anglais car c’était plus facile et avec la maturité on s’est dit que l’effort à faire était d’écrire en français pour faire passer nos messages et c’est devenu une habitude pour nous.

Mais on n’est pas fermés non plus. On fait déjà des sons en espagnol. Si on part en Allemagne on chantera surement en allemand, pareil en japonais !

Les premiers mots qui nous viennent à l’esprit quand on vous découvre c’est coloré, spontanéité, auto-dérision et subversivité. Est-ce que c’est spontané ou travaillé ?

Ces traits là sont chez nous naturels, c’est ça notre patte par rapport aux autres et on continue de faire ces trucs à l’arrache, DIY, qui nous représentent.

C’est là dessus que le projet a commencé à se construire, c’était un truc super spontané où en 24h on faisait une vidéo qu’on postait directement sur internet. Au début on ne se posait pas de questions et à force de construire, tout ça commence à prendre du sens !

Beaucoup de titres de vos morceaux sont des prénoms de femme (Christiane, Annie / Mireille, Anastasia, on pourrait presque dire Sisi). Pourquoi ce choix ? Ces femmes existent-elles vraiment?

C’est nos grand-mères (rire) ! En fait c’est une pensée pour les grand-mères en général, les différents parcours de vie qu’elles ont pu avoir. On parle des grand-mères de la même façon que l’on parle de la Gaule, les choses Vieille France et anciennes nous touchent en ce moment. C’est surement voué à évoluer avec le temps mais aujourd’hui c’est qui nous anime.

On a cru comprendre qu’il se passait un truc avec le Mexique aussi. Comment vous êtes vous retrouvés à suivre le groupe mexicain Los headaches sur leur tournée? Est-ce que vous pouvez nous parler de ce lien avec ce pays et de ce que vous aviez à FAIRE là-bas?

On était à New York tous les trois, notre visa expirait et on n’avait pas envie de rentrer à Paris. On avait joué avec ce groupe mexicain quand il était de passage à Paris pour le Psychfest’ et dans les loges ils nous avaient dit de passer. Ils ne pensaient pas qu’on allait vraiment venir et en fait on a débarqué !

A la base on était là juste en vacances, c’était un break. On a revu ce groupe Los Headaches, ont leur a fait écouter ce qu’on avait enregistré à NY, ils ont accroché et on a commencé à rencontrer les tourneurs locaux puis tout s’est enchainé rapidement.

Et effectivement nous sommes tombés amoureux du pays et on a fini par y habiter 6 mois, il y avait plein d’opportunités qui tombaient, nous nous entendions très bien avec le public. Il y a une scène garage punk underground qui nous a beaucoup inspiré, c’est ça qui nous a coloré, c’est ça qui nous a rendu aussi plus déjantés sur scène. Il est prévu d’y retourner pour un festival dans le centre de Mexico où nous avons été invités (c’est tombé aujourd’hui !) et nous comptons bien y repasser un petit bout de temps !

Après il y a beaucoup d’autres pays qui nous attirent et dès qu’on a une pause, l’idée c’est de voyager. On a envie d’aller en Colombie, en Argentine, au Chili, au Brésil, au Japon.

D’ailleurs vous tirez le nom de votre nouvel EP de la gastronomie mexicaine non ?

Exactement ! Les tamales ça représente la base, la bouffe que tout le monde mange dans la rue là bas, qu’on soit pauvre ou riche et c’est un mec qui les vend à vélo équipé d’un magnéto et ça nous a tellement marqué qu’on a enregistré cette boucle pour l’intégrer à l’un des morceaux de l’EP.

Surtout, ça représente l’effervescence qu’on a vécu là bas, le bordel mexicain. C’est le chaos mais c’est magnifique et c’est un peu ce qui s’est passé dans nos vies.

Et forcément il y a un jeu de mots parce qu’après l’écoute du disque, tu peux demander à quelqu’un s’il a eu mal !

Justement ce nouvel EP a un format différent des précédents avec : 3 morceaux avec voix / 1 interlude de 50 secondes / 3 morceaux seulement instrumentaux. Pourquoi ce changement?

Quand on a commencé le groupe, on ne faisait pas du tout des chansons, on ne faisait que de l’instru, et on improvisait dans des lieux atypiques. Pour nous ce truc là est super important. La Face A de l’EP c’est pour se présenter et la Face B c’est qui on est vraiment.

On a du se formater pour se présenter au public car c’est plus facile pour eux de se reconnaître dans un groupe qui a des chansons mais on vient d’un milieu avec des impros d’une heure, on adore le krautrock. Maintenant qu’on s’est présentés, on ramène cette autre sauce là qui nous tient à cœur.

Avec votre morceau « Telescope » on entend une voix de femme. Quelle serait la prochaine collaboration que vous aimeriez FAIRE ou quelles seraient vos collaborations fantasmées? (Résurrections autorisées)

On n’était pas encore un groupe quand on a enregistré Telescope, c’était plus des tests. Mais justement on se posait la question récemment d’une collaboration avec une chilienne qui s’appelle Alex June et qui est venue faire de la musique en France et on a fait des choses ensemble.

Après pour les collabs fantasmées, on aimerait beaucoup faire un truc avec Marylin Manson ou Damon Albarn !

En tout cas on aimerait vraiment à terme faire des collabs’, surement via nos productions qu’on appelle les Faire-part, des choses instantanées qui peuvent durer 1min comme 20min, des petites idées éphémères qu’on diffuse très vite.

FAIRE savoir ou savoir FAIRE?

Faire savoir avec du savoir-faire !

Avec cet EP, on a appris le savoir-faire justement, on s’est tué à l’enregistrer nous même et à le mixer donc c’est dans les deux sens!

Comme vous dites adorer FAIRE des concerts, pouvez-vous nous dire quel serait votre scénario de live idéal ?

  • Jouer dans un couloir de métro !
  • On pensait aussi au Puy du Fou, on serait trop chauds de jouer au Moyen-âge !
  • Au Hellfest !
  • Secret Garden, c’est le prochain festival qu’on aimerait vraiment faire.

On sent un tournant dans votre projet : Le passage de la scène underground et votre culture DIY à la scène indé plus standardisée avec notamment la signature en licence chez Microqlima et votre participation à l’audition des Inouïs. Qu’est ce que ça change pour vous? Pas le risque de perdre l’ADN du projet ? 

Microqlima s’occupe de notre distribution et c’est aussi nos managers. Mais nous restons indépendants et auto-produits !

Après ce changement c’est aussi parce que maintenant on a besoin de vivre de notre musique et surtout parce qu’on a vraiment envie de faire des grosses scènes de festivals.

Mais on adore aussi le genre d’ambiance qu’il y a dans les squats, les galeries où on peut créer une atmosphère, investir et s’approprier les lieux avec une scéno immersive à notre image.  Donc l’idée serait de faire cohabiter les deux aspects. Il y aura toujours un pays où on ne sera pas connus et où on pourra jouer dans des caves !

Mise à part la musique, est-ce que vous touchez à d’autres secteurs artistiques ? 

Quand on a le temps oui. On dessine tous, Raphael peint et fait nos vêtements, moi (Romain) je fais beaucoup de vidéos mais après là on est vraiment focus sur la musique pour trouver la puissance qu’on recherche.

Romain a une passion pour la vidéo, il a réalisé la plupart des clips exceptés les deux derniers qu’on a délégué car on n’avait plus le temps. Et même pour ces deux clips, on reste quand même très présents au niveau de la direction artistique. Pour Sisi par exemple on a fait les décors nous mêmes.

Enfin, que voudriez-vous FAIRE pour la suite?

Demain on aimerait bien faire une ENOOORME tournée mondiale pour voyager ! Tous les trois on est bien quand on se frotte à de nouvelles choses, quand on fait des rencontres. Là on a besoin de repartir !

Ils feront release party le 09/02 à l’Alimentation Générale ! event : https://www.facebook.com/events/398510347188719/

Propos recueillis par Mickaël BURLOT et Jessica LAIK